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La Saint Jean Baptiste et le parc Lansdowne Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Jean-Claude Dubé   
31-05-2010

En 1885, la Société Saint Jean Baptiste, organisation patriotique regroupant les Canadiens-français catholiques de l’époque, tenait une assemblée de trois jours à Ottawa avec une journée entière dévouée à un pique-nique et activités sportives au parc Lansdowne.

La fête débuta le 24 juin avec une messe célébrée en la Basilique Notre Dame, suivie le lendemain d’une parade de chars allégoriques circulant dans la basse-ville et la haute-ville d’Ottawa et finalement, le troisième jour, par une grande fête champêtre au parc Lansdowne. Étaient présents, des délégués des Sociétés Saint Jean Baptiste venant de Oswego (État de New York), Battleford (Territoires du Nord-Ouest, maintenant Saskatchewan), Winnipeg, Sherbrooke, Trois Rivières et le lac Saint Jean. Il y avait aussi des représentants de l’Union Saint-Joseph de Montréal, de Saint-Hyacinthe et de Lawrence, Massachusetts. Tout ceci a été décrit dans le Ottawa Citizen des 22, 25 et 27 juin 1885 avec le rapportage du 25 juin en français, sur deux colonnes, plein page, à la une. Le périodique de Hull donna un coup de chapeau au Ottawa Citizen pour ce geste courtois et conciliatoire.

Il faut dire que 1885 a été une année des plus troublante pour les Canadiens. La Rébellion du Nord-ouest éclata en Saskatchewan au mois de mars 1885 lorsque Louis Riel rentra de son exil au Montana. Des troupes furent dépêchées d’Ottawa à Winnipeg en aussi peu que neuf jours sur la voie ferrée nouvellement construite dans le nord Ontarien. La bataille et défaite épique de Batoche eu lieu en mai, Louis Riel fut arrêté et son procès débuta le 20 juillet 1885. Vingt milles personnes se rassemblèrent sur le Champs de Mars à Montréal pour réclamer la libération de Riel. Neuf jours après que le dernier clou de la voie ferrée du Canadien Pacifique fut enfoncé en Colombie britannique, Louis Riel est pendu à Regina. Cinquante milles personnes, portant le brassard noir du deuil, se rassemblèrent de nouveau sur le même Champs de Mars.

La Société Saint Jean-Baptiste d’alors n’était pas l’organisation de séparatistes québécois qu’on connaît de nos jours. Elle avait été fondée en 1834 par Ludger Duvernay qui souhaitait unir les Canadiens de l’époque dans un même sentiment national qui conduirait à une reforme politique i.e que les membres des conseils législatifs soient élus et que les ministres ainsi que le budget soient sous le contrôle de ces élus. Il avait choisi le 24 juin 1834 pour convier une soixantaine de personnes francophones et anglophones pour discuter de l’avenir du peuple canadien et de la façon de gouverner le pays.

Pour contrecarrer l’influence linguistique et religieuse d’organisations ethnique sous les bannières de Saint Georges, de Saint André et de Saint Patrice, l’Eglise catholique du Canada français ne tarda pas d’abriter ses ouailles sous les ailes de cette organisation patriotique et chrétienne, tout en s’assurant que les idées révolutionnaires de l’époque n’y prennent pas place.

Le parc Lansdowne était un endroit idéal pour une rencontre de ces diverses Sociétés Saint Jean Baptiste venant de tous les coins du pays. En 1885, les édifices que nous y connaissons présentement n’existaient pas. Il y avait plusieurs bâtiments construits en bois pour exposer les produits de la ferme et les activités d’organisations féminines, culturelles et rurales. En plus, dans ce parc public avec vocation agricole et fermière, se trouvaient des écuries, des porcheries, des poulaillers, des enclos pour les moutons et des granges pour les bêtes à corne. Les écuyers, vachers et autres gardiens habitaient pour la plupart dans les refuges de leurs charges. Puisqu’il n’y avait pas d’eau courante, les bêtes s’abreuvaient probablement dans l’anse provenant du Canal Rideau qui, n’étant pas alors emmuré, n’était en fait qu’un vaste fossé qu’on avait inondé à partir de l’étang Dow.

Sur le terrain se trouvaient des champs pour les jeux tels que lacrosse, balle et ballon. Il y avait un kiosque à musique, des bancs, des tables et des gradins au bord de la piste pour les courses de chevaux, les courses à pieds et autres démonstrations d’habileté et de prouesse.

Le tramway électrique n’étant pas encore été inventé, on accédait en groupe au parc Lansdowne par omnibus, par charrette ou par chalands à charbon-vapeur ou halés par des bœufs sur les rives.

Tel que rapporté dans le Citizen du 27 juin 1885, la rencontre des Sociétés Saint Jean-Baptiste au parc Lansdowne en cette année a été un grand succès. Il est possible que la déroute de parti Conservateur au Québec après la pendaison de Louis Riel en 1885 ait été conçue au parc Lansdowne sous l’ombre des érables qui n’y existent plus.





 
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