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Accueil arrow Activités arrow Cercle de lecture arrow La rencontre de mai 2010 - L’élégance du hérisson
La rencontre de mai 2010 - L’élégance du hérisson Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Jean-Claude Dubé   
23-05-2010

L’élégance du hérisson, de Muriel Barbery, est une satire sociale adroite, amusante et instructive tout à la fois. Chaque siècle possède des œuvres remarquables qui critiquent et exploitent les faiblesses, les contradictions et les ridicules des classes sociales de leur temps. Que ce soit Gargantua ou Le Mariage de Figaro, qui ce soit Voltaire, Diderot ou Hemingway, une satire sociale pointe le doigt envers les institutions telles que l’Église, la noblesse, la justice, les professions et les politiciens. C’est la fine fleur d’une certaine bourgeoisie parisienne bien de nos jours que l’auteure nous présente d’une façon dérisoire et caricaturale.

Au début, il y a deux personnages principaux et puis un troisième intervenant dans un hôtel particulier d’un arrondissement de Paris. Les occupants des huit appartements de grand luxe sont de la haute et petite bourgeoisie, à bec pincé. Ils sont fonctionnaires, soit de la droite ou de la gauche, et leurs épouses et enfants sont de la même espèce. Ils vivent dans un milieu raffiné où même la concierge qu’ils connaissent depuis 27 ans, n’est même pas saluée ni même reconnue dans les entrecroisements des escaliers et corridors de l’immeuble.

C’est cette concierge qui ouvre le bal de ce roman amusant et philosophique à la fois. Elle s’appelle Renée. Elle est une paysanne née dans le nord de la France où qu’il pleut et il fait froid presque tout le temps (peut-être le pays des T’Chis?) et elle se décrit comme étant veuve, petite, laide, grassouillette, avec une haleine de mammouth et des oignons aux pieds. Elle passa peu d’années sur un banc d’école et elle se maria à l’âge de 18 ans à un ouvrier peu instruit. Tous les deux, pour survivre, immigrèrent de leurs piètres champs à l’agglomération entremurale de Paris. Après le mort de son mari, et sans enfants, Renée prit la relève de son mari comme concierge.

L’élément gargantuesque de Renée est qu’elle est érudite. Elle est compétente non seulement en philosophie, elle a des connaissances de presque tout, incluant l’art asiatique.

Elle nous raconte les diverses péripéties de la vie de tous les jours d’une concierge et elle nous passe des jugements cocasses mais vrais sur les agissements prétentieux des propriétaires de son immeuble. Ses historiettes sont présentées à la première personne du présent indicatif. Chaque anecdote est courte mais significative car elle amène souvent une pensée philosophique sur le comportement des hommes.

Alternant avec les historiettes de Renée sont les entrées de journal de Paloma, une fillette de douze ans, à peine adolescente, qui demeure dans l’immeuble. Comme il arrive souvent avec les adolescentes, Paloma s’en prend à ses parents, à sa grande sœur, aux voisins et à sa grand-mère. La satire sociale du roman est mise en évidence par l’intelligence surdouée de Paloma en plus d’avoir des connaissances qui dépassent la capacité d’une personne adulte très instruite. Dans les entrées de ses deux journals de chevet, car elle en a deux: une sur le monde et l’autre sur sa vie, Paloma commente sur presque tout ce qui touche la vie de non seulement chacun de son milieu mais aussi de chacun de nous dans nos cœurs. Par exemple, elle décrit parfaitement l’environnement pathétique des vieillards pensionnaires dans une maison de retraite. Ils dépensent leurs derniers sous pour être nourris et soignés et pourtant ils sont effectivement incarcérés, tous avec un bracelet électronique au poignet. Pour Paloma, une maison de retraite est un mouroir de luxe.

Paloma, fillette de 12 ans, a pris la décision de se suicider à son treizième anniversaire. Renée Michel vit cachée dans sa loge de concierge comme un hérisson. Alors survient un troisième personnage, Kakuro Ozu, riche entrepreneur japonais, et nouveau propriétaire dans l’hôtel particulier dont habitent Renée et Paloma, deux femmes de deux classes, qui ne connaissent à peine.

Kakuro, par sa bienveillance, crée un lien d’amitié entre Renée et Paloma et aussi précipite cette comédie sociale en une tragédie digne de Corneille ou de Shakespeare.

Muriel Barbery, romancière française, est née à Casablanca au Maroc en 1969. Elle fait ses études dans le Calvados. Diplômée en philosophie, elle devint professeur à Caen et habite les environs de Bayeux, toujours en Basse Normandie. Aidé de son époux Stéphane, un sociologue, elle écrit coup sur coup deux romans Une gourmandise (2000) et L’élégance du hérisson (2006) qui rapportent tous les deux de grands succès. Elle et son époux habitent présentement le Japon, dans l’ombre des medias et du public. Espérons que ces années sabbatiques nous comblerons d’un autre roman aussi enchanteur que l’Élégance du hérisson.

 
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