Cercle de lecture
La rencontre d'avril 2012 - Andrée Lacelle | La rencontre d'avril 2012 - Andrée Lacelle |
| 15-04-2012 | |
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Par Jean-Claude Dubé Le 11 avril, 2012, le Cercle de lecture l’Amicale a eu le grand plaisir d’accueillir une poète ottavienne de renom : Andrée Lacelle. En plus de nous entretenir sur son recueil de poésie tant de vie s’égare, prix Trillium 1995, les membres de Cercle de lecture furent comblés d’entendre les sages propos de l’auteure sur la poésie, sur sa vie et sur l’art d’écrire. Andrée Lacelle est une femme érudite d’une très grande sensibilité avec beaucoup d’expertise dans la vaste gamme des émotions de l’âme humaine. François Paré, poète émérite, professeur titulaire et directeur du département des études françaises à l’Université de Waterloo (Ontario) déclare que « la poésie est le cœur de la littérature franco-ontarienne contemporaine ». Andrée Lacelle est complètement d’accord avec lui. Selon elle, la poésie est un chant qui vient de l’âme. C’est le genre des origines, celui qui précède les autres genres littéraires Dès son enfance, l’être humain sait s’exprimer vocalement avec cadence. Que se soient des énoncés d’amour, de joie, de crainte, de guerre ou de prière, l’humain donne une tonalité et un rythme dans ses échanges verbaux avec ses semblables. Avant qu’il ne sache lire et écrire, l’être humain civilisé était poète. Homère, de la Grèce antique, racontait des évènements historiques accompagné d’une lyre : la naissance de la poésie lyrique. Il en était ainsi avec les troubadours du Moyen-Âge aussi bien qu’avec les narrateurs anciens de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique. L’humain est naturellement poète. D’après Andrée Lacelle, la poésie est le début de la parole. C’est un mode d’expression qui s’ouvre sur tout, sur la conscience totale et qui permet de dire des choses qu’on ne peut dire autrement. C’est aussi une façon de court-circuiter les paroles ordinaires car souvent nous ne savons pas dire ce que nous ressentons. La poésie permet aussi de se déplacer entre le rêve et le réel, chacun selon sa mesure. Il ne faut pas marginaliser la poésie car, en fait, la réalité est remplie de rêves qui se sont concrétisés. Comme toutes les œuvres littéraires du genre, le recueil Il faut bien comprendre que ce recueil d’Andrée Lacelle est une œuvre d’amour. En entrant dans son intimité, nous découvrons un profond sentiment de tendresse, d’affection et d’attachement que l’auteure porte envers une ou plusieurs personnes. Ses mots sont sobres, limpides, presque pudiques mais nous y trouvons cet état d’âme manifestant plus qu’un simple sentiment amical ou romantique. Il nous semble entendre le soupir d’une passion étouffée par les murs de la vie. Les deux éléments essentiels à la poésie sont donc présents : une auteure qui croit ce qu’elle dit et nous, lecteurs, qui croyons ce qu’elle dit. tant de vie s’égare d’ Andrée Lacelle est composé d’une cinquante de poèmes répartis en quatre groupes de pensées connexes. Le premier « L’humeur du monde » nous prépare à l’état d’âme de l’auteure. Il y a un passé plein de richesses et un désir de se relancer: « faut-il en arriver là où l’ancre s’amarre sans rien annoncer à l’insu du temps et le temps n’a rien à cacher » Dans le deuxième groupe de poèmes « Les choses claires », nous trouvons un désir de faire table rase et de recommencer à neuf : « assis à la table des songes clairs l’enfant voyage la tête hors-les-murs et le cœur sous les comble s» ainsi que : « les toits de la ville méditent le clair de lune » Le troisième groupe porte le nom du titre du recueil : « Tant de vie s’égare ». Nous y décelons une âme meurtrie: « tout près de minuit de moins en moins proche de moi plus réglée que la vie je me dissipe charnelle tout près de minuit » ainsi que : « …et l’adorable doux et bon plus jamais ne revient »
Le dernier groupe de poèmes « Entre peur et mémoire» est teinté d’un certain fatalisme et d’une finalité sans regrets : « à travers la vie et le rêve de la vie… … il y a la promesse du ferment extrême » ainsi que : « le cœur sculpteur martèle des ébauches d’anges » Comme un enfant qui rêve beaucoup et qui croit énormément, Andrée Lacelle n’a jamais cessé de rêver et de croire. Née à Hawkesbury en Ontario, Andrée était la plus jeune de cinq enfants. Très jeune, elle écrivait au son et à douze ans, elle a commencé à garder un carnet de bord qui lui permit de toujours rester en contact avec ses émotions. Tour à tour enseignante et traductrice à Ottawa, Andrée Lacelle publia son premier recueil de poésie en 1979. Tant de vie s’égare mérita le Prix Trillium de l’Ontario ainsi que le prix de poésie de l’Alliance française en 1995. Ce recueil fut aussi finaliste pour le Prix du Gouverneur général du Canada et le prix du Livre de la Ville d’Ottawa en plus de mériter le Premier prix de poésie de la société Radio-Canada. En plus des six recueils de poésie à son nom, Andrée Lacelle a écrit un recueil de poèmes comptines « Bobikoki », fut critique littéraire à TFO, devint auteure d’un dialogue radio-théàtre à Radio Canada, fut nommée écrivaine en résidence au département des Lettres françaises de l’Université d’Ottawa. Avec trois collègues, elle prépare présentement une anthologie mondiale de la poésie féminine francophone contemporaine : pas d’ici, pas d’ailleurs. Cette anthologie paraîtra bientôt en France, publiée par la maison Voix d’encre. Andrée Lacelle nous a confié maints secrets sur sa vie, son art et la poésie, surtout dans le milieu franco-ontarien. Cette rencontre de L’Amicale a été ravissante et enrichissante, à la fois. |
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