| La rencontre de février 2012 - Michèle Vinet |
| 28-02-2012 | |
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La St. Valentin est le jour de l’amour et c’est en ce jour que le Cercle de lecture de l’Amicale a eu le grand privilège de se laisser séduire par une maîtresse du mot, l’auteure Michèle Vinet. Celle-ci est experte et adroite dans la manipulation des mots et elle nous fait ainsi découvrir l’enchantement de lire et d’entendre une langue bien écrite et gracieusement exprimée. Michèle Vinet est femme de lettres et femme de mots. Michèle Vinet nous a alors régalé de très charmantes anecdotes sur son enfance, ses études, son art, ses voyages, ses aspirations et surtout, ses principes sur l’usage de sa langue. Elle nous a raconté comment, très jeune et lectrice en herbe, elle fut emballée par l’héroïne d’un bouquin : une tortue vertueuse du nom de Patrovite. C’est en découvrant que le nom de sa tortue était créé des trois mots pas, trop et vite que l’univers du mot écrit et parlé de Michèle Vinet est né. C’est depuis cette découverte que Michèle Vinet écrit et récite : Elle récite, cause, déclame, joue, mime ‘parce que chanter c’est trop dur’. Michèle Vinet n’a jamais cessé de cultiver l’amour de sa langue. À l’école, elle gagnait des concours de composition. Adulte, elle a fait carrière à titre d’enseignante et de comédienne. Elle a vécu quelque temps aux Etats-Unis ; elle est monté sur les planches en anglais aussi bien qu’en français; elle a joué dans plusieurs films et dans des séries télévisées. Enfin, elle a pris la route de l’écriture romanesque ‘parce que chanter c’est trop dur’.Ce n’est donc pas surprenant que Mirabelle, l’héroïne de « Parce que chanter c’est trop dur », possède elle aussi cette discipline de l’enchaînement de ces petits éléments linguistiques qui s’épanouissent grâce à leur tonalité. Coucher des mots sur une feuille de papier, c’est créer une harmonie. Énoncer ces mots à haute voix devient une expression musicale. Mirabelle, petite espiègle et garçon manqué, préfère noircir son papier avec des mots harmonieux ‘parce que chanter c’est trop dur’. Mirabelle et Chantale, enfants uniques, sont toutes deux issues d’un milieu monoparental. La maman de Mirabelle est belge et elle a les cheveux noirs, donc son nom est Noire. La maman de Chantale est française et elle a les cheveux blonds, donc son nom est Blonde. Lorsque Noire et Blonde se parlent, elles ont de la musique dans la voix, comme si on écoutait un duo. Mirabelle se moque de tout et s’invente un monde qui lui plaît. Quand elle parle, cette coquine déplace les accents toniques et met des traits d’union où ça lui plaît. Elle écope toujours de retenues après l’école. Durant la retenue, elle lit les fables de Jean-De-La-Fon-taine et son amie s’appelle Chant-ale. Elle se nomme elle-même Mirabeau-Mirabelle et se donne le sobriquet Beau-Belle qui s’abrège à B.B. Elle est une enfant-fille-garçon. Elle se fout de tout. Les samedis, les deux petites vont voir une vielle dame Méli (Méli-vielle pour Mirabelle). Méli, genre de bonne sorcière demeurant dans une petite maison à l’orée du bois, a un chat qu’elle appelle ‘Jérémie de Roncevaux’. Elle possède un coffre de cèdre plein de trésors : des chapeaux, des bijoux, des châles, des tuniques, des saris et toutes sortes de choses exotiques. Les fillettes sont ravies et s’amusent en se costumant. Plus vielles, rendues à la grande école, les deux copines visitent les marchés aux puces pour garnir leur garde-robe. Mirabelle choisit les vêtements masculins - vestons cintrés et chapeaux ronds - tandis que Chantale préfère les jupes longues et amples. En plus, à l’école, les jeunes ados découvrent le théâtre et les garçons : « Grandir, ce n’est pas difficile. C’est de s’émerveiller continuellement…..quand on sait écouter les vieux chiffons, c’est plus facile ». Aux jeux d’enfants succèdent les années folles et enrichissantes de l’adolescence et de jeunes adultes. Leurs chums Pierre et Luc sont à l’université dans une ville voisine. Mirabelle et Chantale, 17 ans, les visitent les fins de semaine. Les mamans, Noire et Blonde, glissent des préservatifs dans les sacs de voyage de leurs cocottes. Plus tard, les deux jeunes couples forment une troupe de théâtre qui fait le tour des grandes villes du monde. Ils y trouvent succès, gloire et célébrité. Mirabelle est l’écrivaine et elle compose merveilleusement, sans efforts. C’est ce grand talent qui assure le succès de sa troupe portant le nom de « Les Quatre Fous ». Voici que l’auteure, Michèle Vinet, ajoute un nouveau scénario à ce récit de félicité sans horizons, sans épreuves et sans détresse où les jeunes artistes vivent follement à chaque instant pour le plaisir du moment. Elle nous transporte dans le domaine de Monsieur Le Temps. Monsieur Le Temps est un personnage céleste demeurant dans un paradis nébuleux surnommé « en haut, là haut ». Le Temps surveille et favorise la destinée des quatre fous qui demeurent « en bas, là bas ». Dans l’espace « en haut, là haut » habitent aussi des angelots, êtres éthérés et purs qui sont les âmes des enfants qui ne sont pas encore nés sur la terre « en bas, là bas ». Ces esprits angéliques de pure innocence s’amusent dans la ramée d’un immense arbre aux fruits roses et bleus dont le feuillage pousse vers le bas et le tronc immaculé vers le haut. Dans ce cosmos féerique de l’imaginaire, nous y trouvons Beau-Pierrot et Capucine, deux âmes sœurs qui s’aiment enfantinement et qui sont aussi les âmes des enfants ni nés ni conçus de Mirabelle et de Chantale. Les deux jeunes femmes, copines depuis toujours, ont un pressentiment de l’existence de ces petits êtres d’un autre monde. Seul Jérémie de Roncevaux, le vieux chat de la vieille Méli, connaît ces petites âmes non nées car il joue parfois avec les ombres de Beau-Pierrot et de Capucine sur le gazon de la petite maison de Méli. Ainsi se termine cette fable contemporaine. Elle est d’une douceur de velours et d’une beauté féerique qui n’existe que dans les chimères enfantines. Cette fable a-t-elle une morale ? Oui, bien sûr! Nous laissons les lecteurs épris des « sons des mots qui chantent à eux seuls, sans portée et sans notes » la découvrir. Il suffit de parcourir les douces pages de ce beau récit où l’on trouve ni haine, ni malheur, ni chagrin, ni douleur, ni péché. « entre l’amour et l’écriture, il y a une vaste et paisible plaine ». Michèle Vinet vient de publier une autre fable onirique : Jeudi Novembre. Une ancienne maîtresse d’école de village découvre dans son jardin un beau jeune homme nu comme un ver qui est tombé du ciel un jeudi de novembre. Il faut lire ça.
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